dimanche 1 novembre 2026
1144./ LES REVOLUTIONS DU BLUES - Quand la parole des humbles s'affirme œuvres d'arts et de poésie, chronique de Christian-Edziré Déquesnes. - Illustrations musicales : VICTOR MILITARY BAND* & MORTON HARVEY* : 'Memphis Blues' (premiers enregistrements de *1914 (instrumental) & **1915 (chanté) mais composé en 1912 par W. C. Handy) & MAMIE SMITH : 'Crazy Blues' (1920).
On peut soutenir que le blues est une révolution, des révolutions même, mais pas au sens d'une révolution politique classique. Le blues naît discrètement à la fin du XIXᵉ siècle dans les communautés afro-américaines du Sud des États-Unis, il allait devenir l'une des révolutions culturelles majeures et atypiques du XXᵉ siècle. ». Il transforme plusieurs choses fondamentales : - 1. C'est une révolution de l'expression individuelle car contrairement à de nombreuses formes musicales traditionnelles ou religieuses, le blues met souvent en avant le « je ». L'artiste raconte sa propre vie, ses peines, ses désirs, ses échecs. - 2. C'est une révolution culturelle qui donne une voix à une population marginalisée, issue de l'esclavage et confrontée à la ségrégation. - 3. C'est une révolution musicale car ses structures harmoniques, ses « blue notes », son sens du rythme et de l'improvisation vont influencer presque toute la musique populaire du XXᵉ siècle. - 4. C'est une révolution sociale puisque même lorsqu'il ne se veut pas militant, le simple fait qu'un Noir américain raconte sa vérité dans une société ségrégationniste constitue déjà un acte de résistance. Des historiens de la musique considèrent d'ailleurs que sans le blues, il n'y aurait pas eu le jazz, le rhythm and blues, le rock'n'roll, la soul, le funk, le rap et une grande partie de la pop moderne ; le critique et musicologue britannique Paul Oliver résumait l'importance du blues en montrant qu'il était bien plus qu'un genre musical, c'était une manière pour les Afro-Américains de témoigner poétiquement de leur expérience du monde. Le blues n'a pas pris le pouvoir, mais il a changé la façon dont des millions de personnes pouvaient raconter leur vie et entendre celle des autres ; le blues est l'une des révolutions les plus discrètes de l'histoire, menée avec des voix et trois accords. La naissance de cette révolution, le blues, ne peut pas être datée avec précision, car il s'agit d'une tradition orale qui s'est développée progressivement. Les historiens s'accordent généralement pour situer son émergence entre 1880 et 1900, dans les communautés afro-américaines du Sud des États-Unis, notamment dans la région du Mississippi. Avant 1880, c'est déjà les chants de travail (work songs), cris de champs (field hollers), spirituals et traditions musicales africaines ; vers 1890, apparition de formes que l'on peut déjà qualifier de blues, avec leurs thèmes caractéristiques (solitude, voyage, amour, misère, liberté) ; 1903, le musicologue W. C. Handy raconte avoir entendu pour la première fois un blues joué par un guitariste inconnu dans une gare de Tutwiler (Mississippi), ce témoignage est l'une des premières descriptions contemporaines du genre ; 1912, c'est les publications des premières partitions contenant le mot « blues », notamment 'Dallas Blues' de Hart Wand (music) et Lloyd Garrett (lyric), 'Memphis Blues', aussi une partition parue en 1912, de W. C. Handy, est enregistré en 1914 par le Victor Military Band, c'est le premier disque avec le terme blues qui était jusqu'à lors jamais paru, dans l'histoire de la musique, certains spécialistes le considèrent comme le tout premier enregistrement de blues, même si son style est plus proche du ragtime et des orchestres de danse, l'année suivante, en 1915, c'est à nouveau la parution de 'Memphis Blues', toujours dans le même style, cette fois chantée par Morton Harvey ; mais les musicologues et historien du blues s'accordent, finalement souvent, sur le concensus de citer « Crazy Blues » de Mamie Smith, enregistré le 10 août 1920 et publie par Okeh Records, pour considérer que c'est le premier disque de blues de l'histoire discographique du blues. Enfin je tiens à signifier, aussi, que je pense qu'on doit parler du blues comme d'une révolution poétique. Avant même d'être une révolution musicale, le blues invente une nouvelle manière de dire le monde. Il rompt avec les formes héritées de la poésie savante occidentale et avec le langage religieux des spirituals pour faire entrer dans l'art la parole quotidienne des gens ordinaires, à partir de cela, ses innovations poétiques sont nombreuses car il place l'expérience personnelle au centre du récit, il transforme le langage parlé en langage poétique, il fait de la répétition un procédé esthétique majeur (schéma AAB), il invente des métaphores, des formules, étonnantes où se mêle humour, ironie, tragédie et réalisme, tout cela célèbre les marginaux, les voyageurs, les travailleurs, les femmes indépendantes, les anonymes, les exclus ; Le blues est donc une révolution poétique car il fait entrer dans la littérature orale la voix de ceux qui en étaient exclus, certains même en deviennent les acteurs véritables. Il démontre que la poésie ne peut pas seulement naître des livres, mais aussi d'une guitare, d'une route poussiéreuse et de la vie quotidienne. Le blues affirme ainsi qu'une phrase simple comme : « I woke up this morning... / Ce matin, je me suis réveillé... » peut devenir de la poésie dès lors qu'elle porte une émotion, une expérience ou une vision du monde. Cette révolution influencera ensuite de nombreux écrivains comme Langston Hughes, Richard Wright, Jack Kerouac, Charles Bukowski... mais aussi les plus grands auteurs-compositeurs de l'histoire du blues et du rock, notamment Bob Dylan (prix Nobel de littérature) ou Lou Reed. Avec le blues, la poésie descend du piédestal pour s'asseoir sur le perron des maisons, sur les trottoirs, dans les juke-joints*, au bord des voies ferrées et des routes... La plus grande révolution du blues est peut-être d'avoir démontré que la parole des humbles peut être et s'affirme œuvres d'arts et de poèsie. - Christian-Edziré Déquesnes. *Forts modestes, voir pauvres bouges, bars populaires du Sud des Etats Unis où se jouaient le blues.
1143./ SONNY BOY WILLIAMSON II : 'Eyesight To The Blind' (1951), LUTHER HUFF : 'Rosalee' (1951), WILLIE LOVE : 'Way Back' (1953) & ARTHUR 'BIG BOY' CRUDUP : 'Gotta Find My Baby' (1952) & SONNY BOY WILLIAMSON : 'Shuckin' Mama' (1954) . - Extraits du coffret 4 cd 'Cool, Cool Blues - Sonny Boy Williamson Also Featuring :.., paru en 2006 sur le label JSP Records.
Aleck 'Rice' Miller alias Sonny Boy Williamson II est l'un des plus grands harmonicistes et chanteurs de blues de l'histoire. Il est né dans le Mississippi à une date qui reste indéfinie, entre 1899 et 1912, et est mort à Helena, dans l'Arkansas, le 25 mai 1965. Il ne faut pas le confondre avec le premier Sonny Boy Williamson, John Lee Williamson, célèbre harmoniciste de Chicago mort en 1948. Aleck 'Rice' Miller a adopté le même nom de scène et il est désigné comme « Sonny Boy Williamson II » pour éviter la confusion. Il devient une vedette régionale grâce à l'émission de radio King Biscuit Time diffusée à partir de 1941 sur KFFA à Helena, Arkansas. Son style d'harmonica amplifié a profondément influencé le blues moderne et des musiciens comme Howlin' Wolf, James Cotton ou Junior Wells. Parmi ses chansons les plus connues figurent "Help Me","Don't Start Me Talkin'","Bring It On Home" et"Checkin' Up on My Baby". Au début des années 1960, il effectue plusieurs tournées en Europe et enregistre avec des groupes britanniques comme The Yardbirds et The Animals, contribuant à populariser le blues auprès des futurs musiciens rock anglais. - Christian-Edziré Déquesnes.
1142 & 617./ pchb-7./ SONNY BOY WILLIAMSON II : "Red Hot Kisses"(1954) , "West Memphis Blues"(1951), "Pontiac Blues" (1951) & "Sonny Boy's Christmas Blues"(1951). - Extraits du double 33 tours "The Trumpet Singles On Shellac 1951-1958", paru en 2013. - Première diffusion le 28.10.2024 - 37.
Aleck 'Rice' Miller alias Sonny Boy Williamson II est l'un des plus grands harmonicistes et chanteurs de blues de l'histoire. Il est né dans le Mississippi à une date qui reste indéfinie, entre 1899 et 1912, et est mort à Helena, dans l'Arkansas, le 25 mai 1965. Il ne faut pas le confondre avec le premier Sonny Boy Williamson, John Lee Williamson, célèbre harmoniciste de Chicago mort en 1948. Aleck 'Rice' Miller a adopté le même nom de scène et il est désigné comme « Sonny Boy Williamson II » pour éviter la confusion. Il devient une vedette régionale grâce à l'émission de radio King Biscuit Time diffusée à partir de 1941 sur KFFA à Helena, Arkansas. Son style d'harmonica amplifié a profondément influencé le blues moderne et des musiciens comme Howlin' Wolf, James Cotton ou Junior Wells. Parmi ses chansons les plus connues figurent "Help Me","Don't Start Me Talkin'","Bring It On Home" et"Checkin' Up on My Baby". Au début des années 1960, il effectue plusieurs tournées en Europe et enregistre avec des groupes britanniques comme The Yardbirds et The Animals, contribuant à populariser le blues auprès des futurs musiciens rock anglais.
samedi 31 octobre 2026
1141 & 615./ pchb-6./ JOHNNY SHINES : "Chicago Blues Festival-1972". - 33 tours paru en 1973. - Première diffusion le 26.10.2024 - 34.
vendredi 30 octobre 2026
1140./ CLIFFORD'S LOUISVILLE JUG BAND : 'Mammy O'Mine Blues' & 'Dancing Blues'. - 1925.
Clifford's Louisville Jug Band est l'un des groupes créés et dirigés par Clifford Hayes, violoniste et figure majeure de la scène des jug bands de Louisville (Kentucky). Le nom a été utilisé pour des enregistrements réalisés pour Okeh Records en 1925 et 1926. Le groupe est étroitement lié aux Dixieland Jug Blowers et à l'entourage d'Earl McDonald (jug), autre pionnier du jug band. Pour Mammy O'Mine Blues, la composition de l'orchestre comprenait notamment Clifford Hayes (violon), Curtis Hayes (banjo), Theodore Boone (cornet), Earl McDonald (jug) et la chanteuse Cora Gray. Musicalement, on est un peu plus proche du jazz de La Nouvelle-Orléans et du ragtime que des jug bands ruraux du Tennessee ou du Mississippi. Le violon virtuose de Clifford Hayes donne à ces enregistrements une couleur très particulière, souvent plus sophistiquée que celle des groupes de Memphis.
1139./ THE OLD SOUTHERN JUG BAND : 'Hatchet Head Blues et Blues' & "Blues, Just Blues, That's All", parus en 1924.
The Old Southern Jug Band est un des tout premiers groupes de jug band enregistrés. Il est associé à la scène de Louisville (Kentucky) et a enregistré pour Vocalion en 1924. Les musiciens connus comprennent Earl McDonald (jug), Clifford Hayes (violon), Curtis Hayes (banjo) et Cal Smith. Le groupe était en réalité un pseudonyme des Dixieland Jug Blowers, l'ensemble dirigé par Clifford Hayes et Earl McDonald, l'une des formations majeures de l'âge d'or des jug bands de Louisville. Leur unique disque connu contient deux titres enregistrés le 24 novembre 1924 à Saint-Louis (Missouri) : Hatchet Head Blues et Blues, Just Blues, That's All. À la différence de groupes plus ruraux comme King David's Jug Band, l'univers musical de l'Old Southern Jug Band est davantage marqué par le jazz naissant, le ragtime et les traditions urbaines afro-américaines de Louisville. Leur travail annonce directement les enregistrements plus célèbres des Dixieland Jug Blowers de 1926-1927. Pour l'histoire des jug bands, Earl McDonald est une figure aussi importante à Louisville que Will Shade l'est à Memphis.
1138./ KING DAVID'S JUG BAND : 'Rising Sun Blues' (1930).
King David's Jug Band est un obscur groupe de jug band blues américain actif au début des années 1930. Leur importance historique tient au fait qu'ils n'ont laissé que quelques enregistrements, aujourd'hui très recherchés par les amateurs de blues ancien. Selon les sources discographiques, le groupe enregistre pour Okeh Records à Atlanta (Géorgie) lors d'une unique séance le 11 décembre 1930. Les membres identifiés sont principalement Stovepipe No. 1 (Sam Jones) au chant et au « stovepipe » (tuyau de poêle utilisé comme instrument) et probablement David Crockett, surnommé « King David », à la guitare. le King David Jug Band a sotyir deux 78-tours en ont été tirés : Sweet Potato Blues / I Can Deal Worry et What's That Tastes Like Gravy / Rising Sun Blues. Leur musique se situe à la croisée du country blues, du ragtime, des traditions des string bands afro-américains et du hokum ; le hokum blues est un sous-genre du blues popularisé dans les années 1920 et 1930. Il se caractérise par des chansons humoristiques, souvent pleines de sous-entendus grivois, de doubles sens et de jeux de mots, sur une musique entraînante influencée par le ragtime et les jug bands.
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